lundi 22 juillet 2013

QUAND LA GAUCHE A PEUR DES ECHEANCES DE 2014

" Le président de la République reçoit ce soir, au cours d’une visite officielle à l’Élysée, les "chefs de la majorité" à savoir Harlem Désir pour le PS, Jean-Michel Baylet pour le PRG, Pascal Durand pour Europe Écologie-Les Verts, Robert Hue pour le Mouvement unitaire progressiste et Jean-Luc Laurent pour le MRC chevènementiste. François Hollande avait déclaré lors du débat de l’entre-deux tours en 2012 "Moi président de la République, je ne serai pas chef de la majorité, je ne recevrai pas les parlementaires de la majorité à l’Élysée". 

Promesse enterrée ? Christophe de Voogd : Nous sommes sur une ligne de reculade, déjà bien balisée, puisqu’il y a eu auparavant la réception des députés du PS il y a quelques mois et l’interview du 14 juillet à l’Élysée, avant le rendez-vous de ce soir. On peut bien sûr analyser cela comme un énième abandon de promesses, mais aussi - un peu plus profondément - en disant que François Hollande prend acte de ce qu’est devenue la présidence de la République dans la France d’aujourd’hui. François Hollande a été - et est toujours - un peu aveuglé - par son antisarkozysme, mais il était évident que, dans le cadre d’un quinquennat, avec une grave crise économique et la pression médiatique des nouveaux médias, le chef de l’État, qui est seul à avoir la légitimité du suffrage de l’ensemble de la nation, ne peut être qu’un « hyper-président ». C’est ce qu’avait parfaitement compris Nicolas Sarkozy, et cela n’est pas seulement une question de caractère. De ce point de vue, le précédent président, contrairement à ses espoirs, n’a pas « tué le job » : bien au contraire, il l’a créé ! 

Depuis un an, de nombreuses dissensions ont éclaté entre le PS et les autres composantes de la majorité : l’éviction de deux ministres de l’Écologie et les questions du gaz de schiste enveniment les relations avec EELV, les radicaux de gauche expriment leur colère sur le non-cumul des mandats… 

Où en est le PS avec ses alliés ? Les composantes de la majorité sont-elles réconciliables ? Dans les rapports du PS avec ses alliés, il y a deux scénarios opposés : celui de 1984 avec le départ des ministres communistes, et celui de la gauche plurielle (1997-2002) qui a fonctionné jusqu’au bout. Or le PS est aujourd’hui beaucoup plus hégémonique à gauche (mais non dans le pays) qu’il ne l’était sous Mitterrand et sous Jospin. En effet, aucun allié du PS d’aujourd’hui n’a de poids dans l’opinion. EELV qui est la seule force à peu près structurée à côté du PS ne pèse absolument pas ce que représentait le PCF à l’époque de Mitterrand ou même de Jospin. De plus, le contexte de crise ne permet plus les cadeaux aux amis et l’euphorie des embrassades sur fond de prospérité… Les bons résultats qu’a pu avoir EELV aux précédentes élections régionales ou européennes sont un effet conjoncturel, très lié à la personnalité ouverte et charismatique de Daniel Cohn-Bendit. Mais l’orientation idéologique profonde d’EELV ( je parle ici de l’appareil et non des sympathisants) est gauchiste bien plus qu’écologiste. Du coup EELV n’a, à mes yeux, aucun avenir électoral dans ce pays, comme l’a montré le résultat d’Eva Joly aux présidentielles où elle aura parlé à peu près de tout sauf d’environnement. C’est d’ailleurs ce positionnement qui explique la rupture avec Daniel Cohn-Bendit et l’impossible intégration de Nicolas Hulot. 

Pour moi EELV est un micromouvement qui est survalorisé pour des raisons d’alliances électorales avec le PS mais qui ne pèse pas bien lourd. On l’a bien vu sur la question de l’éviction des ministres de l’Écologie ou du nucléaire. Quant aux autres mouvements de cette majorité (radicaux, chevènementistes…) ce sont des forces d’appoint qui pèsent localement mais qui n’ont plus de rôle national. Ils ne peuvent donc pas aller très loin dans la dissension avec le PS : sinon c’est pour eux la disparition électorale pure et simple. Comme ils n’existeraient pas sans le PS, les appareils de ces partis n’ont donc pour le moment aucun intérêt à la rupture définitive… A condition donc que le PS soit encore pour eux une garantie de succès électoral. Ce qui est tout sauf sûr dans les années à venir ! 

Les échéances de 2014 s’annoncent sombres pour la majorité gouvernementale. Le PS peut-il recoller les morceaux avec ses alliés ? Les futurs résultats électoraux se jouent-ils avec le dénouement de la réunion de ce soir ? Pour moi « les carottes sont cuites » pour 2014. Il y aura l’année prochaine un vote de mécontentement, même si certains maires à fort profil, je pense à Gérard Collomb à Lyon, tireront leur épingle du jeu dans un scrutin municipal qui reste par définition le plus « local » de tous. Toute la question pour 2014 – et c’est ce que François Hollande cherche à prévenir – c’est qu’il n’y ait pas de dissidence écologiste qui entraînerait l’effondrement des maigres chances de la gauche. Il va chercher le maximum de listes communes pour ne pas se retrouver derrière l’UMP et le Front national, ce qui est tout à fait possible et même probable dans les villes de taille moyenne. A mon sens la réunion de ce soir n’a que ce seul but. Si le Parti socialiste a à ce point du mal à tenir la cohésion avec la majorité, un an seulement après la victoire, n’est-ce pas le signe que le programme du parti n’est en fait partagé que par très peu de personnes à gauche au-delà des seules frontières du PS ? Il ne faut pas oublier qu’en 2012, la gauche a été minoritaire au premier tour de l’élection présidentielle, fait sans précédent dans une élection qu’elle a remportée ! La victoire finale de François Hollande est d’abord un vote (très court) de rejet de Nicolas Sarkozy dans une France qui était (et est de plus en plus) à droite. 

 C’est d’ailleurs une des raisons de la difficulté de gouverner le pays pour le PS. A une double nuance près, mais qui au terme de 15 mois de désillusions, renforcent le constat précédent : à mon sens, si Hollande a emporté et la primaire et la présidentielle, c’est qu’il a su aussi manier deux thèmes porteurs : la jeunesse et la justice. Or sa toute première mesure – l’a-t-on assez remarqué ?- a été de satisfaire les « quinquas » (essentiellement ceux de la fonction publique) avec le retour de l’âge de la retraite à 60 ans pour les travailleurs « précoces ». Les jeunes, diplômés et /ou dynamiques, l’ont très vite compris et ont « voté avec leurs pieds », en quittant le pays en masse. Quant à la « justice », les ouvriers et les employés ont eux aussi vite compris, avec la suppression de la défiscalisation des heures supplémentaires, quelques taxes et la montée en spirale du prix de l’énergie, que la « justice » n’était décidément pas à l’ordre du jour ! Seule la droite française –à de rares exceptions près comme Valérie Pécresse et Bruno Le Maire – n’a rien vu et a préféré s’opposer en priorité au « mariage pour tous »… 

De plus, le programme du PS n’était pas fédérateur dès l’origine, même à l’intérieur du PS. Quel point commun entre le programme de François Hollande et celui d’Arnaud Montebourg, malgré leur alliance tactique « anti-Aubry » de second tour ? D’ailleurs, les divergences sont toujours là à l’intérieur du PS, notamment sur l’Europe, et a fortiori entre le PS et EELV, en particulier sur les questions de politique industrielle, malgré le gage – contraire à l’intérêt national le plus évident mais là n’est pas la question – donné par François Hollande avec « l’enterrement » du « gaz de schiste ». Je pense donc que l’on va aller vers un éclatement de cette majorité, même si les intérêts électoraux étant ce qu’ils sont, les choses devraient tenir jusqu’aux municipales, au mieux jusqu’aux européennes, mais pas au-delà. A moins que « Dame Fortune » chère à Machiavel, ne s’invite avant dans la danse… "

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