jeudi 5 décembre 2013

PENDANT QU'ON S'OCCUPE DE LA PROSTATE DE MR BRICOLAGE



" Soudain le monde s’est arrêté. Les glaciers de l’Arctique se sont figés, les chefs d’Etats de la planète ont observé cinq minutes de silence : la nouvelle selon laquelle on avait touché, en 2011, à la prostate de notre président bien-aimé, a justement dominé l’espace médiatique, reléguant au second plan un certain nombre de babioles dont nous ferons quand même état, par souci de précision...

L'amende à 1,7 milliards d’euros infligée par l’Union européenne aux banques
André Bercoff : Dans une monarchie bien pensante et bien pensée, la santé du Roi éclipse naturellement tout le reste. Il n’est donc pas étonnant que l’on ait accordé plus d’importance à cette intervention chirurgicale datant presque de trois ans, qu’à la sanction de 1,7 milliards d’euros infligée par l’Union européenne à quatre grandes banques. C’est la première fois que Bruxelles montre à ce point et légitimement les dents, mais c’est sans doute un détail.

Eric Verhaeghe : Une fois de plus, les citoyens seront privés des explications utiles pour comprendre l'histoire. Comme par hasard, les banques qui subissent les sanctions ont truqué les cours et cartellisé le marché des produits dérivés, ou produits complexes, juste avant la grande crise de 2008. On peut légitimement penser que ce cartel a eu une influence déterminante sur l'arrivée de la crise, dont une part essentielle tient à ces fameux produits dérivés, si opaques que les financiers eux-mêmes s'y perdent.

On aurait aimé que la France préconise une grande commission d'enquête parlementaire au niveau européen pour faire la lumière sur les dessous de ce scandale. Malheureusement, la plupart des banques ont décidé de coopérer pour obtenir une remise de peine ou une mesure de clémence. Nous voilà frustrés d'une belle explication.

Manifestement, le Crédit Agricole est également dans le collimateur de ce scandale. Ses dirigeants, qui ont affirmé pendant des mois, voire des années, à la fois péremptoirement et agressivement que tout allait bien chez eux, vont enfin passer sur le grill que le gouvernement français a toujours refusé de placer sous eux.

L'Allemagne gagne 9 places au classement PISA quand la France en perd 2
Eric Verhaeghe : Longtemps, la technostructure de l'Education Nationale a considéré que les enquêtes PISA étaient un vaste pipeautage qu'il fallait au mieux lire avec attention, mais dont il valait mieux se méfier dans l'absolu. D'où le déclin constant de la France et l'impossibilité de réformer l'Education Nationale. Dans les couloirs de la rue de Grenelle, il se murmure à mots couverts qu'en réalité tout va bien dans l'école en France, et que seul un complot anglo-saxon soutient le contraire. Pendant que les technos français criaient au loup, les Allemands réorganisaient leur école au vu de l'électrochoc que constitue Pisa, et ce choix est porteur de sens: l'Allemagne progresse quand la France régresse. Cherchez l'erreur.

 L'économie française part en vrille
Eric Verhaeghe : Bien sûr, il y a tous les indicateurs défavorables. Le commerce extérieur en berne, la croissance en vrille, la consommation qui s'effondre etc. Bien sûr il y a le chômage qui, à coup d'emplois publics aidés et de radiations administratives forcées de Pôle Emploi, se stabilise de façon tout à fait artificielle. En réalité, la situation est très mauvaise et même très inquiétante. Les affaires ne se font plus, le climat est déprimé, et tout le monde s'attend au pire. Nouriel Roubini annonce une nouvelle crise systématique. En tout cas, malgré les grands délires de Pierre Moscovici, l'activité régresse, se contracte, reste à la peine. Certains disent que la vague qui arrive n'a rien à envier aux événements de l'hiver 2008-2009. Pour une majorité qui soutient que la croissance est revenue, cela promet des lendemains très difficiles.

Le Sénat et le Conseil constitutionnel retoquent le gouvernement
André Bercoff : A l’intérieur du royaume, Sénat et Conseil constitutionnel continuent de retoquer consciencieusement les décisions gouvernementales, là pour le budget, ici pour la garde à vue des fraudeurs du fisc. Mais tout cela n’est que broutilles : Dieu soit loué, Jaurès et Blum soient bénis, François Hollande est sain et sauf et continue ainsi à réenchanter le rêve français avec le succès que l’on sait, dont témoignent éloquemment tous les sondages effectués depuis six mois. On ne pourra jamais dire, suite à cette intervention chirurgicale que le monde nous envie, que l’on cherche à nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

Eric Verhaeghe : Le débat politique interne a commencé à se fissurer dans de grandes largeurs. Sous les apparences tout à fait transitoires d'unité à l'une ou l'autre occasion, la majorité présidentielle a explosé, soit selon des courants idéologiques opposés, soit selon des conflits de personne, sur fond d'accusations d'incompétences. C'est le cas de la généralisation de la complémentaire santé où le président de la commission des lois, Jean-Jacques Urvoas, socialiste, accuse Marisol Touraine de présenter un texte mal ficelé et inconstitutionnel. Au-delà, les dissensions entre les Verts, le Front de Gauche, lui-même divisé entre mélenchoniens et communistes, les Radicaux et le Parti Socialiste sont de moins en moins supportables. Les mois à venir seront probablement lumineux pour la faiblesse de la majorité actuelle.

Et pendant ce temps-là, la Syrie et la Libye se désagrègent
André Bercoff : Depuis l’accord avec l’Iran, pro et anti-Assad continuent à massacrer allègrement hommes, femmes et enfants en Syrie en évitant soigneusement les armes chimiques, ce qui fait toute la différence dans les cimetières. La Libye, elle aussi, se désagrège et dispatche son magnifique arsenal de mort en Afrique et au Proche-Orient. Là aussi, anecdotes.

Eric Verhaeghe : Pendant que Laurent Fabius et François Hollande vont faire des courbettes en Israël, les "états-voyous" de la région trinquent. La Libye s'est perdue dans des conflits internes tout à fait prévisibles, que le gouvernement français a fait semblant de nier pendant toute la durée du conflit anti-Kadhafi. La Syrie, où l'on annonçait une intervention imminente il y a quelques mois encore, s'est également perdue dans une guerre civile sans nom.

Ce désastre pose question: cette région du monde est une zone d'influence traditionnelle de la France, même si (pour la Libye) cette influence est plutôt lâche. Force est de constater que la présence française dans ces pays est devenue fantomatique. Au nom d'une politique étrangère très israélophile et dont on aurait du mal à suivre les contours, la France s'est perdue.

Rappelons que, traditionnellement, c'est-à-dire selon une ligne gaulliste définie dès Louis XIV, la France ne fait pas la guerre aux puissances d'Orient et joue de sa proximité avec elle pour préserver ses positions. Une politique abandonnée sous Sarkozy, sans que François Hollande ne la remette en cause. "

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire