vendredi 31 janvier 2014

MANIF POUR TOUS DANS 72 HEURES

" Manif pour tous dans moins de 72 heures et le parcours parisien n’est toujours pas fixé. L’organisation s’est vu refuser par cinq fois ses propositions par une préfecture de police qui n’en démord pas : la manifestation devra se terminer aux Invalides, un point c’est tout. Pour les spécialistes, l’explication est simple : c’est un piège, comme l’ont vu les manifestants de Jour de colère dimanche dernier, faits comme des rats, toutes les issues ayant été bloquées moins de dix minutes après la dissolution officielle.

On lit dans la presse que l’objectif serait de « réaliser un maximum d’interpellations ». En effet, nous explique-t-on sérieusement, « mis en difficulté sur ses résultats dans la lutte contre la délinquance, Manuel Valls a à cœur de démontrer qu’il sait maintenir l’ordre lors des mouvements de rue ». Autrement dit, pour se faire pardonner ces 13.000 vols, 2.000 agressions, 200 viols quotidiens contre lesquels il est impuissant, ces banlieues où les flics ne peuvent plus aller, il va aller faire un peu de bilan chez les braves gens. Comme ces contrôleurs de train de banlieue qui verbalisent avec des airs graves la petite dame dont la carte de réduction famille nombreuse est périmée depuis un mois, en évitant les échalas à capuche qui prennent le tourniquet d’entrée pour un cheval d’arçon. Il est des métiers où l’on doit mettre au point des stratégies pour survivre.

Mais il va falloir quand même ramer pour remplir le tableau de chasse : car si l’on part du postulat que Jour de colère a drainé les radicaux des opposants au mariage gay, la France des salauds, selon le journaliste Frédéric Haziza, « une nébuleuse de la haine […], des antisémites, des intégristes, des négationnistes, des fanatiques, des anti-IVG, des racistes, des homophobes, l’ultra-droite, des adeptes de la quenelle, des esprits buissonisés », comme l’a délicatement dit à l’Assemblée nationale le député Matthias Fekl, la moisson, après 260 interpellations, est assez maigre : un Aymeric, un Barthélémy, un Loïc et un Louis-Marie (étudiant en 2e année de médecine à 18 ans, on sent la racaille, hein ?) condamnés à deux mois de sursis pour avoir, « sans les atteindre », projeté une barrière de chantier en direction d’un cordon de gendarmes mobiles ; un Hugues condamné à la même sanction pour avoir lancé des pétards vers les forces de l’ordre. Une Sybille de terminale ES soupçonnée d’avoir jeté une cannette vers les gendarmes dont la procédure a été finalement annulée. Même en étant très, très craintif, on a quand même du mal à se faire peur avec ça.

Si, donc, dimanche, défile cette fois la frange modérée, qui donc va-t-on trouver à faire passer devant le juge ? Un élève de CE2, pour avoir jeté son papier de Malabar vers un CRS ?

Mais ce qui compte, bien sûr, n’est pas le résultat, c’est l’effet d’annonce. L’effet d’annonce à chaud. La masse d’interpellations en vrac dont on pourra livrer le chiffre à l’AFP assorti d’assertions invérifiables, et que — l’AFP étant parole d’évangile — toute la presse reprendra. Mais où se cache donc ce policier grièvement blessé dont lefigaro.fr parlait dimanche soir, avant de préciser deux jours plus tard qu’aucun des dix-neuf policiers blessés n’avait été hospitalisé ? C’est grave, ça ! Ils l’ont donc laissé crever sur le trottoir, ce pauvre garçon ? Ou bien il n’a jamais existé ? Et d’ailleurs, ces policiers blessés mais non hospitalisés, de quoi souffrent-ils, au juste ?

Alors les organisateurs de La Manif pour tous tentent de prévenir. Des avocats clairement identifiables, des huissiers pour constater. Cela suffira-t-il ? Pas certain. Car la seule parade que Valls ait trouvée pour dissimuler le nombre des manifestants est de mettre en avant celui des interpellés. "

jeudi 30 janvier 2014

JOUR DE LA COLERE

" À force de décevoir les uns, d’indigner les autres, François Hollande a réussi l’exploit de coaguler les mécontentements dans un désir de chasser l’intrus. C’était le sentiment qui animait, dimanche dernier, le long défilé hérissé de drapeaux et de banderoles, martelant des slogans vengeurs et soulevé parfois par de vibrantes Marseillaise. Ce qui parcourait la foule avant tout et lui donnait son unité était un besoin de France, d’une France respectée dans le monde parce qu’elle aura réussi à redonner à ses forces vives le goût du travail et la fierté de leurs valeurs.

Une manipulation de l’information a visé à mettre l’accent sur les incidents qui ont marqué la fin de la manifestation. Il est clair que le ministère de l’Intérieur, récidiviste en la matière, n’a rien négligé pour permettre aux médias de donner une image extrémiste et violente d’une manifestation qui s’était déroulée dans le calme et la ferveur. La fin du cortège avait été imposée sur la place Vauban – une demi-lune –, barrée par les Invalides, et dont toutes les issues étaient bloquées par des forces de police en surnombre. Il s’agissait d’installer une nasse, d’y augmenter la pression et sans doute d’y commettre des provocations et des incidents afin de pouvoir brandir la « preuve » des 250 interpellations répétées en boucle pour ternir l’image de l’événement.

Vers 17 h 30, j’ai tenté de quitter le périmètre pour regagner ma province. Un cordon de gendarmes mobiles fermait le boulevard des Invalides sauf sur le trottoir opposé à l’édifice. Un officier m’a empêché de sortir par cette issue. J’ai découvert avec stupeur que le barrage refoulait les piétons vers l’intérieur. Deux observations : on ne comprend pas la logique qui consiste à interdire à un piéton isolé de quitter une manifestation sauf à vouloir augmenter la température du chaudron. La seule solution résidait dans la station de métro Saint-François-Xavier où la foule, filtrée par la police, passait par vagues. Dans les escaliers, aux portillons, c’était la bousculade dans l’affolement des agents de la RATP dépassés par la situation.

Là encore, paradoxalement, les forces de l’ordre créaient donc du désordre et de l’insécurité. Mais la seconde remarque ne porte plus sur la cohérence, mais sur le droit. Entraver sans discernement la libre circulation d’un piéton sans arme, qui présente une pièce d’identité avant même qu’on lui demande, et qui cherche à quitter l’espace où se situe le risque de trouble à l’ordre public, est à l’évidence une atteinte à la liberté constitutionnelle d’aller et de venir. Les provocations policières et les échauffourées qui ont suivi n’ont fait que souligner l’usage peu républicain que le ministre de l’Intérieur fait de ses pouvoirs. Le slogan de « dictature socialiste » avait pris tout son sens.

Lorsqu’on compare le déploiement considérable des forces de l’ordre et leur étrange utilisation aux résultats du ministre dans la lutte contre la délinquance, on se dit que les sondages qui lui sont encore favorables n’ont aucun fondement. C’est le même ministre qui porte atteinte à des libertés fondamentales et qui affiche après 18 mois de règne une augmentation de la délinquance, notamment des cambriolages (+ 4,7 % en zone police et 6,4 % en zone gendarmerie), des vols à la tire (+ 12 % partout) souvent accompagnés de violences. Les Français seront ravis d’apprendre que les cambriolages et les homicides se font davantage à la campagne… « Les résultats sont là », a osé le ministre. Le vrai problème, pour les Français, c’est que lui soit encore là. "

THEORIE DU GENRE : UN PAS DE PLUS VERS LA DICTATURE

" « Théorie du genre : des élèves absents du fait d’une étrange rumeur », titrait mardi Le Figaro. Le phénomène toucherait les quatre coins de la France. Le 24 janvier, 86 élèves turcs, gitans et maghrébins sur 240 étaient ainsi absents de certaine école strasbourgeoise de zone prioritaire. La rumeur viendrait de Farida Belghoul, personnage haut en couleur et initiatrice en son temps de la Marche des beurs, qui a fait de la théorie du genre à l’école son cheval de bataille. Depuis le début de l’année, elle appelle les parents à montrer leur désaccord par un boycott de l’école une fois par mois.

Au gouvernement, dans les rectorats, chez les syndicats de professeurs, on ouvre de grands yeux indignés : Quooooiiii ? Mais quelle « étrange rumeur » ! Najat Belkacem affirme sans ciller que la théorie du genre n’existe pas, Vincent Peillon soutient, lui, qu’il la refuse (penser, à l’avenir, à accorder ses violons : elle n’existe pas ou on la refuse ?), et Anne-Marie Haller, secrétaire départementale de l’UNSA dans le Bas-Rhin, remarque quant à elle que « cette campagne a touché un public crédule et peu éduqué ». Ben merci pour lui, ça lui ira droit au cœur. Il faut le savoir, les Turcs, les Gitans, les Maghrébins deviennent « un public crédule et peu éduqué » dès lors qu’ils ne sont plus LA chose des socialistes et qu’ils ne gobent plus leur bonne parole.

Puis on sort la grosse artillerie : Vincent Peillon a demandé aux responsables d’établissement de convoquer les parents boycotteurs, parce que l’absentéisme à l’école, on veut bien le tolérer s’il est le fruit de la négligence, de l’indifférence ou du laxisme des parents, mais certainement pas de leur vigilance en matière d’éducation. On répand sur toutes les ondes que Farida Belghoul est une « proche » d’Alain Soral, désherbant très efficace qui évite en général toute repousse. Enfin, on explique à l’Assemblée, comme l’a fait Vincent Peillon, que cette rumeur vient de « ceux qui veulent semer la division et la haine dans les écoles », quand on ne fait que « promouvoir les valeurs de la République et l’égalité entre les hommes et les femmes », par ce dispositif « ABCD de l’égalité » mis en place dans plusieurs écoles depuis la rentrée. Le saint homme. Qui oublie, hélas, un détail : Internet. Cet outil, qui archive, conserve et permet de retrouver très vite tout document et rend le mensonge moins commode. C’est agaçant, je le conçois.

Cette « étrange rumeur » n’est pas tombée de la planète Mars, ni sortie du cerveau diabolique d’un clone d’Alain Soral. En août 2011, Najat Belkacem répondait à 20 Minutes qui lui demandait en quoi la « théorie du genre » pouvait aider à changer la société…

La théorie du genre, qui explique “l’identité sexuelle” des individus autant par le contexte socio-culturel que par la biologie, a pour vertu d’aborder la question des inadmissibles inégalités persistantes entre les hommes et les femmes ou encore de l’homosexualité, et de faire œuvre de pédagogie sur ces sujets.

Aujourd’hui, elle veut donc sans doute dire que la théorie du genre n’existe « plus » ? Plus en l’état, disons, depuis que l’on a pensé, eu égard aux remous provoqués par le mariage gay, qu’il valait mieux y aller mollo ? Step by step. D’abord, l’ABCD de l’égalité, puis après, on verra ?

Et quand, dans le rapport du Syndicat de profs SNUipp, commandé par Vincent Peillon et remis en mai dernier, intitulé Éduquer contre l’homophobie dès l’école primaire, on trouve, dans la bibliographie pour enfants, Mademoiselle Zazie a-t-elle un zizi ?, Mehdi met du rouge à lèvres ou encore, dans le chapitre « Chausser les lunettes du genre », Papa porte une robe…, on peut se demander, sans être exagérément paranoïaque, si l’étude du port de la robe par les petits garçons au XIXe prévue par l’« ABCD de l’égalité » est tout à fait innocente, et si l’enjeu de tout cela se borne au louable partage des tâches ménagères ou à la légitime accession des femmes au monde du travail… "

COMBIEN A COÛTE LA VISITE DE HOLLANDE A GAYET ?

" Le 3 août 2013, François Hollande a rendu visite à Julie Gayet et à ses parents en hélicoptère. A Tulle ce jour-là, il a tenu à faire une halte dans leur château gersois. Aujourd'hui, certains membres de la classe politique demandent des comptes sur cette histoire. Un député UMP veut savoir qui a payé l'hélicoptère.

Le 10 janvier votre magazine Closer vous révélait que François Hollande entretenait une liaison avec l'actrice de 41 ans Julie Gayet. Valérie Trierweiler, la compagne du président de la République à l'époque, a appris la nouvelle de la bouche de François Hollande, la veille. Bien qu'elle n'ait pas été au courant avant, de l'aventure de son compagnon, la rumeur courait depuis de nombreux mois dans Paris.

D'ailleurs, François Hollande n'a pas toujours été discret pour rendre visite à l'actrice. En effet, le Journal du Dimanche a révélé que le président a rendu visite aux parents de Julie Gayet, le 3 août 2013, dans leur château gersois, le Château Cadreil. Et c'est à bord d'un hélicoptère que le président s'est rendu dans la résidence secondaire de l'actrice. Une halte qui a un coût et qui soulève certaines questions au sein de la classe politique.

Un député UMP a d'ailleurs déposé une question publiée au Journal officiel, hier, à ce sujet. Il aimerait que toute la lumière soit faite sur cette histoire. Selon Le Parisien, ce député a interpellé le ministre de la Défense, "sur les différents moyens aériens de la flotte présidentielle" utilisés ce jour-là. Le but est de savoir si ce petit tour d'hélico a été imputé aux contribuables ou si Monsieur Hollande a payé avec ses propres deniers. Attendons de voir, ce que répond l’Élysée sur ce point. "


mercredi 29 janvier 2014

CA FAIT FRÉMIR !

" C'est une affaire qui avait grandement choqué l'opinion publique... Le 19 janvier dernier, au petit matin, trois individus pénètrent avec violence au domicile d'une femme de 77 ans, boulevard Baille, dans le 6e arrondissement de Marseille. Les malfaiteurs surprennent la septuagénaire dans son sommeil et la neutralisent en la ligotant avec des câbles électriques. Sous la menace d'un couteau, ils lui extorquent le code confidentiel de sa carte bleue, dérobent un téléviseur, un ordinateur portable, une bague et une montre. Pendant que ses complices saccagent l'appartement de la vieille dame, l'un des agresseurs viole la victime alors qu'il était chargé de la surveiller. Enfin, les trois individus quittent les lieux, après avoir dégusté une bouteille de champagne... 

Après l'identification ADN du principal suspect, un mineur de 16 ans arrêté la semaine dernière, les services de police ont procédé à des recoupements qui ont permis aux enquêteurs de la sûreté départementale d'interpeller, lundi, sans heurt, les deux complices présumés impliqués dans ce crime sordide.

Sans gants et à visage découvert

En effet, la sûreté départementale des Bouches-du-Rhône établit, dès le début de ses recherches, un parallèle avec une autre affaire concernant un octogénaire violemment agressé et cambriolé dans la nuit du 15 janvier. Elle oriente ses investigations dans cette direction, confortée par de troublantes ressemblances entre les deux dossiers : le vieil homme avait lui aussi été menacé par trois individus armés d'un couteau très tôt le matin, aux alentours de 4 h 30, puis ligoté avec une ceinture trouvée sur place. 

Un mode opératoire presque identique au cambriolage du 19 janvier. C'est finalement l'ADN, plus précisément des traces d'empreintes papillaires trouvées sur les lieux du crime, qui va confondre et permettre l'interpellation du principal suspect. Peu précautionneux, les malfaiteurs ne portaient pas de gants et ont agi à visage découvert.

Le suspect d'à peine 16 ans soupçonné de meurtre

Le mineur est arrêté dans le calme par le Service interdépartemental de sécurisation des transports en commun (SISTC) dans la nuit du 21 janvier. Dès les premiers recoupements, les services de police avaient pris soin de diffuser son signalement afin de l'appréhender au plus vite. D'autant que l'adolescent est jugé "dangereux" et "violent". À à peine 16 ans, il est en effet déjà bien connu des services de police pour plusieurs affaires de casses et de vols. Pis, il était sous le coup d'un mandat de recherche de la DIPJ de Marseille pour une autre affaire criminelle, impliquant elle aussi une personne âgée de 69 ans, retrouvée morte dans le 7e arrondissement, le 20 décembre dernier, après un violent cambriolage. Les enquêteurs n'ont plus une mais trois affaires entre les mains, dont un meurtre et un viol. 

Lors de son audition dans les locaux de la PJ la semaine dernière, les enquêteurs s'aperçoivent que le mineur a subi la veille avec sa bande de copains un contrôle d'identité. Une aubaine. Cette piste va rapidement accélérer l'identification de ses deux comparses. Les noms tombent : l'un des complices présumés a 26 ans, l'autre 18. Des caméras de surveillance vont conforter les enquêteurs dans leurs intuitions. En effet, les deux suspects sont aperçus sur les bandes vidéo d'une boulangerie en compagnie du mineur peu de temps après l'agression de la septuagénaire. Les deux hommes ont été placés en garde à vue tandis que les investigations se poursuivent. "

LES DANGEREUX FASCISTES DU JOUR DE LA COLÈRE AU TRIBUNAL

" Une petite brune s’avance dans le box des prévenus, s’assoit, regarde la salle, se met à pleurer puis se frotte les yeux. Sybille D., 18 ans, capuche en fourrure et ongles vernis, était jugée ce mardi au tribunal correctionnel de Paris pour « violences volontaires sur fonctionnaire de police ». Elle a été arrêtée à l’issue de la manif fourre-tout de ce dimanche, baptisée Jour de colère.

Pendant sa garde à vue, Sybille a admis avoir jeté une cannette de bière vide, « bue par un de ses amis », en direction des forces de l’ordre, sans les atteindre. La lycéenne ne reconnaît pas les faits devant la présidente :

« On m’a dit que je serai libérée si j’avoue. »

Dans la salle, il y a ses parents qui habitent près du Mans (Sarthe) : elle est mère au foyer, lui est militaire retraité. Sybille D. est la quatrième d’une fratrie de sept enfants. Famille catholique. « On ne lâchera rien. On n’est pas des extrémistes », dit la mère aux journalistes.

« Voici la terreur de la place Vauban », ironise son avocat pendant l’audience.

« Une crevette qui terrorise la police. »

La procureure a requis un mois de prison avec sursis. Mais la procédure a été annulée pour vice de forme.

Assise sur le banc, elle tripote sa croix dorée

Dimanche, la manifestation a rassemblé quelques milliers de personnes dans la capitale, de la place de la Bastille à la place Vauban : des familles, des cathos intégristes, des identitaires ou des partisans de Dieudonné... 250 personnes ont été arrêtées et placées en garde à vue après les incidents survenus lors de la dispersion du rassemblement. La plupart ont été libérées lundi. Dix-neuf policiers ont été blessés.

Sybille D., qui dit n’appartenir à « aucun groupe particulier », fait partie des huit personnes – dont deux mineurs – déférées devant la justice. Les quatre jeunes qui comparaissaient mardi, comme Sybille, dans cette section du tribunal correctionnel de Paris, sont inconnus des services de police et de justice. Les faits reprochés ne sont pas bien lourds.

Dans la salle d’audience, une proche d’un prévenu, cheveux relevés et perles aux oreilles, tient une image du christ contre un petit carnet. Une jeune fille, assise sur un autre banc, tripote la croix dorée qu’elle porte autour du cou.

Il y a aussi Hélène, une femme qui se présente comme « l’une des déclarantes anonymes » du collectif Jour de colère et qui couvre des feuilles blanches dans la salle. Enseignante au chômage, elle n’avait jamais organisé de manif auparavant.

Louis-Marie M., 18 ans : « J’ai trébuché »

C’est au tour d’Aymeric B., 20 ans, Louis-Marie M. et Loïc R., tous deux 18 ans, de s’avancer dans le box des prévenus pour avoir jeté, à la dispersion de la manif, une barrière de chantier contre un cordon de gendarmes mobiles, sans les atteindre. A nouveau, le profil de fils de bonne famille, sans histoires.

« Je ne me contrôlais plus trop », a dit Aymeric B., qui reconnaît le jet de barrière, « en colère contre les forces de l’ordre ». Etudiant en BTS de transport et logistique, il a déjà manifesté plusieurs fois, notamment contre le mariage gay. « Dangereux ? » Son avocat lève la voix :

« En le regardant, je vois plutôt un Gavroche avec sa mèche rebelle. »

Louis-Marie M., cinq frères et sœurs, un père cadre et une mère au foyer, est étudiant en licence de médecine. Il admet lui aussi avoir jeté une barrière, mais sans l’intention de le faire :

« J’ai trébuché, j’ai été entraîné en avant et ça a entraîné la barrière. »

La procureure lui fait remarquer que pendant ses auditions, il a dit avoir trébuché au moment de jeter les grilles. L’avocat de Louis-Marie M. a plaidé la relaxe : « Il n’y a pas d’éléments à charge contre mon client. »

« Ses parents étaient catastrophés »

Pour sa première manif, Loïc R., en bac pro mécanique auto, était « en colère » aussi. Il reconnaît avoir soulevé deux barrières pour construire un barrage de protection. Il avait aussi sept pétards dans son sac, « pour faire du bruit ». « J’ai été appelé par la maman de monsieur R. », déclare son avocat. « Ses parents étaient catastrophés. »

« Je me demande s’il n’y a pas un peu de politique derrière ces interpellations », ajoute-t-il. Plus tôt dans l’après-midi, l’avocat de Sybille avait lui aussi pointé le nombre d’interpellations :

« Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il y a eu des excès. A force, on favorise les thèses complotistes. »

Dans son réquisitoire, la procureure, pour qui le jet de barrière aurait pu représenter « une vrai dangerosité », parle de trois jeunes « certainement immatures ». Elle requiert des peines de deux mois ferme.

Les trois ont reçu des peines de prison, mais assorties du sursis. "