samedi 18 janvier 2014

PACTE DE RESPONSABILITÉ : LES FRANÇAIS SONT LUCIDES

" Près des trois quarts des Français (74%) ne font pas confiance à François Hollande et au gouvernement pour réaliser des économies importantes dans la dépense publique et presque autant (73%) ne font pas non plus confiance aux entreprises pour créer des emplois en échange des baisses de charges promises par le chef de l'Etat, selon un sondage Ifop.

L'enquête réalisée pour Sud-Ouest Dimanche et diffusée samedi montre "l'ampleur de la défiance régnant aujourd'hui dans le pays et sur l'intensité des efforts qui devront être consentis pour crédibiliser" le "pacte de responsabilité" proposé par François Hollande, souligne l'Ifop.

Sans surprise, les profils des sceptiques ne sont pas les mêmes concernant le gouvernement et les entreprises: 43% des sympathisants de l'UMP font ainsi confiance aux entreprises pour jouer le jeu contre 24% seulement des sympathisants socialistes.

Inversement, ces derniers sont 69% à accorder leur confiance à François Hollande contre 10% seulement parmi les partisans de l'UMP.

La défiance est en revanche généralisée chez les électorats du Front de gauche et du Front national: 82% des sympathisants du Front de Gauche et du FN ne font pas confiance aux entreprises pour créer les emplois, et 61% des premiers et 90% des seconds ne font pas confiance au gouvernement.

Le sondage a été réalisé du 15 au 17 janvier auprès d'un échantillon représentatif de 996 personnes interviewées par questionnaire auto-administré en ligne. "

MARRE DE LA CATOPHOBIE

" Lancée quelques heures avant la conférence de presse de François Hollande, une pétition adressée au pape François a recueilli plus de 65 000 signatures en quatre jours. Elle dénonce la situation de "malaise" dans laquelle se trouveraient "les catholiques de France qui se sont levés en masse l'an dernier pour crier leur opposition à la loi dite du mariage pour tous [...] [et qui] n'ont pas été écoutés par Monsieur François Hollande". Elle pointe "une campagne médiatique de dénigrement d'une rare violence" contre eux : "Les catholiques de France sont las d'être un groupe religieux de qui l'on puisse se moquer en toute impunité." Le Point.fr a rencontré Julie Graziani, l'une des trois rédactrices de ce texte. 

Julie Graziani : Nous n'avons jamais conçu ce texte comme une pétition, mais comme une supplique ou une lettre ouverte. Il se trouve que le site l'a affichée comme une pétition, mais ce n'était pas notre intention. Quoi qu'il en soit, et même si nous ne sommes pas spécialistes en droit canon, les canons 212 et 1417 précisent que l'on peut très bien s'adresser au pape directement, comme à n'importe quel évêque, tout comme le pape s'adresse directement aux fidèles. Et c'est d'ailleurs ce que fait le pape François très régulièrement et très simplement.

Que répondez-vous à ceux qui vous reprochent de court-circuiter les canaux habituels, en particulier les évêques ?

Nous n'avons pas la prétention de suggérer au pape une conduite ni de l'informer sur des choses qu'il sait déjà, mais de lui dire que les catholiques de France sont dans un profond désarroi. C'est un message qui est envoyé de la base, un cri d'alerte. Nous ne sommes soutenus par aucun mouvement et aucun parti et n'accepterons pas d'être récupérés ou instrumentalisés.

Qui êtes-vous ?

Nous sommes un groupe d'une centaine de chrétiens engagés dans la cité et âgés, pour la plupart, d'une trentaine à une quarantaine d'années. Nous échangeons régulièrement sur Internet pour débattre et proposer des initiatives. C'est ainsi que nous avons créé un collectif anti-Gleeden (un site de rencontre qui s'adresse aux personnes mariées, NDLR), qui a déposé une plainte au Jury de déontologie publicitaire. Il ne s'agit pas d'interdire l'adultère, bien entendu, mais nous estimons qu'on ne doit pas en faire la promotion dans l'espace public, surtout s'il est visité par des enfants et de jeunes adolescents.

Quelles sont vos revendications ?

Elles s'inscrivent dans le sillage de la contestation de la loi Taubira, qui a servi de catalyseur et de révélateur. Elles sont de deux ordres : d'abord, nous souhaitons que le gouvernement mène une politique plus respectueuse de la personne humaine, ce qui suppose que des droits fondamentaux, tels que le droit à la vie, bénéficient d'une réelle protection. À cet égard, nous voulons que le gouvernement fasse connaître sa position sur les réclamations de GPA et PMA, dont nous considérons qu'elles sont des pratiques de marchandisation des enfants. Et nous sommes inquiets, vigilants et prêts à nous mobiliser dans le cadre du débat à venir sur la fin de vie. Sur tous ces sujets, comme sur la théorie du "gender", qui se propage de façon insidieuse, nous voulons bénéficier d'une véritable liberté d'expression, quand bien même notre parole contredirait l'action gouvernementale.

Vous parlez également de "malaise". Qu'entendez-vous par là ?

Nous avons le sentiment d'être l'objet d'une campagne de dénigrement d'une rare violence qui s'est amplifiée depuis le vote de la loi Taubira. Nous sommes indignés par les attaques et les profanations d'églises encouragées par le silence du gouvernement, quand il ne s'en moque pas ouvertement. Nous n'acceptons pas que les catholiques soient le seul groupe dont on puisse se moquer en toute impunité. On en a marre de la petite catophobie ordinaire !

Cette lettre ouverte a été mise en ligne quelques heures avant la conférence de presse de François Hollande. Qu'avez-vous pensé de sa condamnation des actes anti-chrétiens qui visait en particulier les Femen ?

Nous apprécions cette condamnation d'actes odieux (le 20 décembre, une activiste a mimé un avortement devant l'autel de l'église de la Madeleine, NDLR), mais cette déclaration vient tardivement et du bout des lèvres. Surtout, elle vient quelques jours avant la visite au pape de François Hollande. C'est donc une déclaration de circonstance. Je note enfin que le souverain pontife y a été qualifié d'"utile", ce qui est d'une condescendance stupéfiante, mais qui est, somme toute, révélateur d'un gouvernement qui n'envisage la personne humaine que sous l'angle de "l'utilité". "

FDG ET PC : AUCUNE FIGURE



" Couteau entre les dents, faucille au poing et marteau en tête, il fut une époque, pas si lointaine, où le Parti communiste français, succursale parmi d’autres de la grande Union soviétique, ne vivait et n’agissait que dans la préparation et l’attente du « Grand Soir ». L’avenir était rouge et les militants du parti, moines-soldats de la Révolution, n’avaient pas de mots assez durs pour dénoncer le réformisme mou, les compromissions, les abandons de leurs plus proches adversaires, ces sociaux-démocrates qu’ils préféraient stigmatiser du doux nom de « social-traîtres ».

Que les temps ont changé ! Il existe toujours, sous un nom immuable, un parti constitué d’une part de quelques milliers de militants qui, les yeux grand fermés sur la réalité, veulent encore y croire, et dont la foi inébranlable – aussi respectable qu’absurde – s’enracine dans la fidélité à une idéologie souillée par sa propre histoire, et d’autre part quelques milliers d’élus nationaux et locaux pour qui le plus important et le plus urgent est de conserver les quelques positions, les quelques mandats parlementaires et municipaux dont leur organisation et eux-mêmes tirent leurs moyens d’existence.

Réduit à n’être plus que l’une des deux principales composantes du Front de gauche, le Parti communiste y est associé avec le Parti de gauche qui condamne jour après jour, par la voix éloquente et gouailleuse de son orateur tribunitien, la dérive du capitaine de pédalo, son apostasie libérale et la trahison des « social-traîtres » d’aujourd’hui. Jean-Luc Mélenchon est ce qu’il est. Au moins ne contestera-t-on pas qu’il y a une cohérence entre son discours, ses idées et sa conduite.

C’est sur cette base qu’aux municipales de mars le Parti de gauche fait, dans la moitié des villes de plus de 20 000 habitants, liste commune avec le Parti communiste sous l’étiquette du Front de gauche et ne ménage pas ses critiques aux « social-traîtres ». Oui, mais dans l’autre moitié des villes de plus
de 20 000 habitants, le Parti communiste, comme depuis des décennies les radicaux de gauche et comme depuis quelques années les Verts, accepte de passer sous les fourches caudines des grands frères socialistes et de trahir ses idéaux pour quelques lentilles de plus.

Comment un parti qui se prétend encore le défenseur de la classe ouvrière (de ce qu’il en reste), de la petite paysannerie (de ce qu’il en reste) et des couches sociales les plus défavorisées (sans cesse plus nombreuses, elles) peut-il s’acoquiner avec une majorité hégémonique qui vient de se pacser officiellement avec l’idéologie libérale ? Cette schizophrénie reflète le désarroi d’un parti moribond, écartelé entre la préservation de ses intérêts, de ses acquis, de ses prébendes et la fidélité à ses origines et à ce qui fut sa raison d’être. On comprend que Mélenchon et les siens stigmatisent à leur tour le comportement des « coco-traîtres ». "

300 MILLIONS POUR LES ZEP : LE FIASCO DE L'EDUCATION NATIONALE

" Il est des vérités qui sont désagréables à entendre. Les effets d’annonce du ministre de l’Éducation nationale sont le révélateur officiel d’un constat affligeant : celui de l’échec d’un des principaux ministères dans sa mission régalienne de transmission du savoir.

La réalité est incontestable et préoccupante : un enfant sur cinq en difficulté, une insécurité permanente, une ghettoïsation de nombreux établissements, un niveau général en chute libre…

Fidèle à ses habitudes, la gauche pseudo-progressiste refuse de voir la vérité en face et n’évoque à aucun moment les raisons du malheureux bilan. Elles sont pourtant flagrantes et se résument en trois points essentiels, trois paramètres néfastes qui, combinés, mènent à l’évident fiasco.

Le premier réside dans une approche pédagogique soixante-huitarde qui a voulu remettre en cause les méthodes qui avaient fait leurs preuves auparavant. Il fallait adoucir les rapports entre l’enseignant et l’élève, l’adulte et l’enfant, et sous des prétextes idéologiques d’un autre temps, transgresser les repères et les traditions. L’obéissance et la discipline étaient perçues alors comme des notions autoritaires qu’il fallait bannir pour faire naître l’homme nouveau, le citoyen éclairé du monde idéal. Vaste blague aux effets dévastateurs !

La seconde cause qui s’inscrit dans l’évolution sociétale voulue par nos élites intellectuelles est la dissolution progressive de la cellule familiale. Dans la plus pure tradition socialiste, il convient pour ceux qui détiennent la science infuse de « soustraire l’enfant à l’influence néfaste de la famille ». La famille, cellule de base de nos sociétés, est pour ces esprits pervers un obstacle à l’épanouissement de l’enfant. Quelle abomination intellectuelle ! Résultat : des enfants livrés à eux-mêmes au sein de familles décomposées. Absence de repères familiaux, oubli des plus élémentaires règles morales et effacement des traditions. Il n’en fallait pas plus pour déboussoler notre descendance.

Enfin, dernier paramètre et non des moindres, les conséquences catastrophiques d’une immigration massive que la nation ne peut pas assimiler. Comment imaginer maintenir le niveau de notre école quand une partie non négligeable des nouveaux arrivants – enfants et parents – ne maîtrisent pas la langue de notre pays et sont parfaitement étrangers à la culture et aux règles morales qui ont fondé notre société ?

Les solutions proposées consistent à revaloriser les indemnités des enseignants « volontaires » pour servir en Zones d’éducation prioritaires, à augmenter leur nombre, à injecter des millions d’euros et à pratiquer des incantations pour rehausser le niveau. En réalité, notre système s’est mis au niveau des plus faibles, des nouveaux arrivants, et tant pis pour nos enfants, sacrifiés sur l’autel de l’égalité des chances à la sauce planétaire.

La vérité est évidente, mais il n’y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir, ou plutôt qui ne peut pas voir, tant cette prise de conscience serait contraire au règne du dogme et de l’idéologie. "

L'EURO VA NOUS PLOMBER

" François Hollande promet une baisse massive des charges des entreprises (30 milliards en plus des 20 milliards issus du crédit d’impôt compétitivité) afin de restaurer la compétitivité des entreprises françaises tombée à un plus bas historique et qui place la France au dernier rang de la zone euro. Contraint de réduire les déficits publics, il va devoir contrebalancer ce manque à gagner par des économies équivalentes sur les dépenses – dépenses de santé et des collectivités territoriales notamment. L’idée bien sûr est que, si les entreprises pouvaient retrouver un niveau de marge suffisant, elles pourraient investir et donc embaucher. Sur le papier, cela semble logique, sauf…

Sauf qu’une entreprise investit non seulement lorsqu’il existe une demande potentielle, mais aussi lorsqu’elle utilise déjà à plein ses moyens de production. Le risque est donc bien réel qu’au lieu d’embaucher, elles en profitent pour augmenter la rémunération de leurs dirigeants, comme en 2012 et en 2013 ou pour rembourser leurs emprunts, d’autant plus que la réduction des dépenses de l’État aura des effets négatifs sur le pouvoir d’achat.

Si la France avait eu encore le contrôle de sa monnaie, François Hollande aurait été bien avisé d’accompagner ces mesures par une dévaluation importante du franc. Cette dévaluation ajoutée à la baisse des charges aurait agi comme un véritable coup de fouet pour nos exportations sans trop pénaliser nos importations puisque celles-ci, du fait de la baisse du pouvoir d’achat, auraient été amenées à diminuer en volume. C’est précisément la politique menée par Shinzō Abe au Japon.

Nous savons, hélas, qu’il n’en est rien. François Hollande va devoir faire avec une monnaie forte, incompatible avec la situation alarmante de notre balance des paiements. Sans même parler des difficultés pour imposer aux syndicats de la fonction publique une cure d’austérité qui s’annonce drastique : c’est maintenant que l’euro va nous plomber. "

vendredi 17 janvier 2014

LA GAUCHE ET SON COMPLEXE DE SUPÉRIORITÉ MORALE

" Quelles sont les conséquences pour la gauche et pour la France de ce complexe de supériorité ?
André Bercoff : Le philosophe Jean Baudrillard parlait de la "gauche divine" et ça n'a pas changé : il y a le sentiment d'appartenir au camp du bien. La gauche, c'est la morale, la justice, la légalité, la défense des humbles… Il y a du vrai : le Front populaire charriait ces idées. Mais, face aux réalités économiques qui font que la France n'est pas sur Mars mais dans un contexte mondialisé, il y a des inflexions à faire. Le problème de la gauche, c'est qu'elle fait ces inflexions mais qu'elle ne le dit surement pas. Je suis contre la finance disait Hollande, je suis contre le capitalisme disait Mitterrand. Mais à partir du moment où il faut gérer la réalité, ils essaient de rester fidèles à leur vocabulaire. Et donc, on perd beaucoup de temps. Mitterrand a effectué son virage à 180° en 1983, Hollande vient de le faire.

Comment se fait-il que de nombreuses voix, à gauche, attaquent la mondialisation alors que c'est la mondialisation qui a permis à beaucoup, en Chine, en Inde, à sortir de la misère ? Or, la gauche est internationaliste mais elle dénonce cette économie mondialisée parce qu'elle nuirait aux peuples européens. La morale de la gauche est en fait à géométrie variable par rapport à la réalité.

C'est le même constat en matière de chômage et d'immigration. Est-ce que c'est vraiment d'être de droite réactionnaire que de dire qu'il faut faire travailler les travailleurs français avant les autres ? C'est tout de même bizarre puisque la gauche, en principe, doit aider le peuple. Mais on a l'impression, avec cette gauche, qu'on se moque des peuples. Il y a une contradiction entre cette volonté de faire le bien et les effets pervers qu'on ne veut surtout pas voir.

Michel Taly : Mettre de la morale là où il ne devrait être question que de l'État de droit peut être particulièrement malsain. Ce sont les théocraties qui mettent de la morale dans l'action publique. On ne peut pas, à la fois, condamner des gouvernements qui se réclament de lois religieuses, des lois contraires à la démocratie, et mettre de la morale dans l'action publique. La morale laïque pas plus sa place dans l’action publique que la morale religieuse.

Quelles sont les conséquences pratiques de ce positionnement en matière fiscale ?
André Bercoff : François Hollande a fait un discours très prometteur sur le papier. Simplement, lorsqu'il dit qu'il va supprimer les cotisations familiales, il ne dit pas comment il va concrètement compenser cette baisse de recettes. Il promet que l'on va arrêter de taxer les ménages. Alors, qui va-t-il taxer ? Le problème est, qu'avec cette approche moraliste, la politique fiscale est très floue et le gouvernement n'annonce pas ses intentions pratiques. On sait très bien ce qu'il faut faire mais on ne l'annonce pas sinon on trahit la classe ouvrière. Les problèmes c'est que, ces ouvriers ont déserté et sont presque tous, déjà, du côté des extrêmes. Pourquoi ne votent-ils plus à gauche ? Parce qu'ils ont l'impression qu'on les ignore complètement.


Michel Taly : Les politiques (droite et gauche confondues) ont une approche morale de la fiscalité, ce qui complique grandement les relations entre l'administration et les contribuables. Cela se remarque essentiellement en matière d'optimisation fiscale agressive. La plupart des hommes politiques et l'administration fiscale attendent de la part des contribuables une forme d'autocensure. Il y aurait une zone grise où on ne serait pas dans la fraude, entre ce qui est juste et ce qui est légal mais tout de même trop agressif. Il y a des choses qui ne sont pas interdites légalement mais que je devrais, de moi-même, renoncer à faire parce que ça va trop loin. Qu'on nous dise qu'en vertu d'une morale on devrait renoncer à un schéma fiscal qui, rappelons-le, n'est pas illégal, ce n'est pas normal. C'est quelque chose que l'on entend sans arrêt dans le discours politique : les entreprises devraient renoncer à l'optimisation excessive parce que ce n'est pas une attitude citoyenne. Cela priverait l'État de ressources et manifesterait un refus des entreprises de participer aux charges publiques, etc.

Quelles sont les conséquences en matière sociétale et en matière de justice ?
André Bercoff : Il y a toute une partie du peuple français qui est laissée pour compte. On est beaucoup plus pauvre dans certains départements français qui sont dans la misère, comme la Creuse par exemple, que dans les banlieues. Du point de vue sociétal, la gauche – mais aussi peut-être une partie de la droite -  a privilégié les minorités. Cette gauche a exercé depuis 50 ans un magistère moral et a laissé filer toute une partie du peuple ouvrier, les artisans. Cela explique le discours poujadistes sur les minorités qui prendraient tous les avantages. On peut critiquer ce discours mais si ces personnes-là ne s'étaient pas senties délaissées, notamment en matière de sécurité, elles ne le tiendraient pas. Mais la gauche n'est plus là pour défendre le peuple et le petit peuple.

Michel Taly : Je n’ai aucune légitimité à déborder de ma spécialité fiscale. Mais la grille d’analyse que je me suis forgée dans cette pratique fiscale peut être utilisée pour d’autres sujets. La seule approche que doit avoir un membre des pouvoirs publics est la suivante : ce que je fais est-il conforme à la loi ? Mais si chacun se met à apprécier, à partir de critères moraux, comment il va appliquer la loi, c'est de l'arbitraire et tous les citoyens ne sont pas certains d'être traités de la même façon. Un ancien responsable de l’administration fiscale avait théorisé le concept d’application mesurée de la loi. Mais c’est la loi elle-même qui doit être mesurée, pas son application. Si des méchants, des voyous, en profitent pour se glisser entre les mailles du filet, il faut se poser la question de l'adaptation de la loi. La loi doit être la même pour tous.

Par exemple, dans l'affaire Leonarda, ce qui me parait totalement conforme à l'État de droit et qui évite de mettre de la morale dans l'application de la loi, c'est la réponse du ministre de l'Intérieur. Ce qu'il a fait est conforme à l'État de droit. Point. Si on trouve la loi trop dure, on la change, mais on ne peut pas demander aux agents, aux policiers, de décider arbitrairement dans quel cas ils appliquent ou ils n'appliquent pas la loi. Il peut y avoir de la délicatesse dans l'usage de la force publique, certes, mais il ne doit y avoir d'application mesurée de la loi. Ça, c'est très malsain.

Comment est-ce que la gauche en est arrivée là ? Cette gauche-là semble à l'opposé de la gauche pragmatique des années 1980 portée notamment par Michel Rocard…
André Bercoff : Cette gauche moraliste s'oppose à la gauche originelle. Contrairement à ce que l'on croit, le libéralisme était de gauche : chaque citoyen est libre et doit être protégé en ce sens. Il y a eu une espèce de glissement vers une volonté de catégoriser l'action. Cette gauche-là a été dans un tel a priori idéologique qu'elle a dérivé vers une volonté de mainmise sur les comportements. On sait ce qui est bon, on sait ce qui est mauvais. Ils se sont comportés exactement comme des parents vis-à-vis de leurs enfants. Ils sont allés tellement loin dans cette dérive, persuadés que ce qu'ils font est bon, que les membres de la gauche ont laissé passer tout ce qui est arrivé depuis 20 ans, les nouveaux déclassements, l'Europe, l'économie-monde, et n'en n'ont tiré aucune conséquence. Ils ont assisté à la réalité et n'ont pas voulu la nommer. Et la gauche a été entièrement dirigée pendant des années par la haute fonction publique avec ces métiers protégés. Or, quand on a la sécurité de l'emploi, on ne peut pas agir comme quelqu'un qui a des fins de mois difficiles.

Les Allemands ont fait leur Bad-Godesberg en 1959, il y a 55 ans. Mais en France, le Parti socialiste s'étouffe parce que François Hollande se revendique comme social-démocrate. C'est quand même intéressant.

Michel Taly : Je ne suis ni psychologue ni sociologue. Peut-être que les valeurs de gauche (prendre aux riches pour donner aux pauvres, défendre le faible contre le fort) poussent naturellement à prendre la posture de donneur de leçons... Après, il y a évidemment différentes gauches et l'extrême gauche est sans doute plus moraliste que la gauche social-démocrate par exemple. Et, en période de crise, la posture moralisatrice est forcément plus audible.

En quoi est-ce un piège intellectuel ? La gauche en-est-elle consciente ? Est-ce un paravent pour ne pas avoir de programme solide ?
André Bercoff : La gauche n'est pas plus bête que les autres. Elle peut avoir un programme solide. Le problème est qu'elle est en pleine contradiction entre l'idéal et le réel. Quand elle est dans l'opposition, c'est formidable. Mais quand elle est aux affaires, elle doit faire face à la complexité de la réalité qui est beaucoup plus complexe que les grands principes, que les grandes et belles idées. 

Comment la droite a, elle aussi, intégré le complexe de supériorité de la gauche ? En quoi cela influe-t-il également sur son comportement ?
André Bercoff : Une partie de la droite ne comprend pas pourquoi elle n'est pas au pouvoir. Ils sont donc déboussolés. Dans l'opposition, la droite est nulle ! Et puis il y a, c'est vrai, une certaine forme de mauvaise conscience, une mauvaise conscience donnée par la gauche. Alors ils font comme s'ils avaient intégré certaines valeurs, mais ce n'est pas leur alphabet.

Michel Taly : De tous temps, les hommes politiques de droite ont manifesté leur exaspération face aux leçons de morale : quand Giscard disait à Mitterrand qu'il n'avait pas le monopole du cœur, c'était exactement ça. On a retrouvé la même tension entre les deux candidats du deuxième tour à l’élection présidentielle, lorsque la critique de la politique menée par le camp d'en face était assortie d'un jugement moral, d’une présentation d’un combat entre le bien et  le mal. Cela dit, se poser en victime d’un tel manichéisme peut aussi relever du calcul et l’indignation peut être feinte, dans le but de donner une image d’intolérance à l’adversaire. "

13 ANS ET UN PARCOURS IMPRESSIONNANT

" Les autorités de Limoges sont démunies face à un mineur ultraviolent et as de l’évasion.
Le juge des libertés et de la détention (JLD) a sonné la fin de la récré. «L’ado multirécidiviste», «le mineur ultraviolent», «le caïd de Limoges», «la terreur du centre-ville», un mineur de 13 ans qui défraye la chronique depuis un an vient d’atterrir sur la case prison. Il a été placé hier dans une maison d’arrêt spécialisée pour mineurs. Une «sanction pénale rendue possible parce qu’en fuguant mercredi du TGI, il a violé l’obligation de contrôle judiciaire que venait de prononcer le juge des enfants en le mettant en examen», précise le procureur de la République de Limoges. Décision «rarissime, à l’image de la situation» selon lui.
Errance. Pour le parquet, c’est une victoire, mais pas la fin de la guerre des boutons, la loi sur les mineurs prévoyant que la mesure ne pourra pas excéder un mois, à l’issue duquel le juge ne pourra qu’ordonner son placement. Problème : la fugue, c’est sa marotte. Du côté du commissariat, la chronique épique de cette errance ne fait plus rire. «C’est en train de tourner à la mauvaise farce», soupire le commissaire divisionnaire : «Il reviendra et, un jour, il commettra l’irréparable».

Il faut dire qu’à seulement 13 ans, son palmarès laisserait même Mesrine interdit. Début 2013 son nom apparaissait déjà dans plusieurs dizaines de procédures en France, dont une, toujours à l’instruction, pour viol. Quand ils arrêtent une bande de fugueurs pour le passage à tabac d’un homme de 25 ans le 10 janvier 2013, les policiers de Limoges sont loin d’imaginer que, parmi eux, un bambin de 12 ans «exerce un fort leadership, y compris sur les plus âgés».

Dans la seule ville de Limoges ces douze derniers mois, il a une vingtaine de victimes à son actif et presque autant de procédures enregistrées. Il a notamment agressé à domicile un quinqua handicapé pour lui dérober moins de dix euros, blessé au couteau une quadra qui avait eu le tort de lui faire remarquer son impolitesse, extorqué son sac à dos à un étudiant allemand de 22 ans, non sans le rouer de coups et, samedi, c’est un autre mineur qui a eu la malchance de le croiser. Placé en garde à vue dans la foulée, il se déchaîne alors contre le plafond de sa cellule à coups de poing. «Il était furieux, il faut voir les dégâts», rapporte un policier. De la fureur oui, mais un instinct déconcertant aussi lorsque mardi, au moment d’être présenté au juge des enfants, il prétexte une «pause pipi» pour s’enfuir par la fenêtre. Il est replacé en garde à vue. Mercredi, rebelote, il se fait la belle du tribunal de grande instance, sous le regard incrédule des éducatrices qui l’accompagnaient. La police lui a mis la main dessus hier matin.

«Hors statistiques». Vu à Paris, retrouvé à Marseille : où qu’il soit placé, à Poitiers, dans le Puy-de-Dôme ou dans la Loire, c’est à Limoges, où il est né, qu’il revient toujours. Qui est ce jeune «furieux» au palmarès déconcertant ? «Un cas désespéré qu’on ne voit que rarement», témoignait un policier parisien en 2013. «Ce jeune est hors statistiques», confesse un fonctionnaire de Limoges. Issu d’une famille de cinq enfants de trois pères différents, abandonné par des parents toxicomanes dès ses premiers mois, ce minipouce de la cavale a connu la rue, la faim et les squats dès l’âge tendre. «Il est issu d’un milieu social très défavorisé et n’a jamais pu construire sa personnalité dans le rapport à l’autre ou à l’autorité», expliquait un ancien éducateur en 2013. Précisant : «Il a une forme d’intelligence de la rue, instinctive. […] Il voit dans l’autre ce qu’il peut lui apporter, et pas qui il est.» "