lundi 15 avril 2013

LES SUPERMARCHES EN PRISON

 
 
" Les détenus ne se sont jamais autant bousculés pour faire leurs courses à la cantine, le « commerce de proximité » présent dans chaque prison française. Ce succès fou est la conséquence inattendue d’un texte qui unifie à l’échelle nationale le prix de produits vendus aux détenus.
En juillet 2010, la Cour des comptes avait en effet épinglé l’Etat, dénonçant, au chapitre des conditions de vie dans les prisons, les abus de la « cantine », ce magasin où les détenus se procurent de quoi améliorer leur quotidien : café, eau minérale, chocolat, compléments alimentaires, articles d’hygiène…
Le rapport pointait des marges sur les produits vendus « d’au moins 22% », avec des écarts de prix de « 50% d’une prison à l’autre ».
Du coup, une réforme a été lancée et une liste de 200 produits prioritaires sont depuis le printemps peu à peu proposés à des tarifs très avantageux dans les lieux de détention, à commencer par Lyon et Strasbourg.
Quelques exemples :
-Le pot de Nutella est passé de 3,13 € (prix public) à 1,11 € en prison.
- Le paquet de riz de 500 g de 2,70 € à 0,36 €.
- Le pot de confiture de fraise de 450 g est descendu de 1,45 € à 0,67 €.
- La Ricoré, l’un des best-sellers, a diminué de 4,82 € à 3,45 €.
« Nous avons effectivement constaté un effet d’aubaine, confirme la direction de l’administration pénitentiaire. Des détenus se sont précipités sur ces denrées. »
Selon l’administration, « ces tarifs bas sont à la fois le fruit d’une volonté politique mais aussi le résultat d’achats groupés au niveau national qui permettent de les négocier au mieux ».
« Pas à ce point : la différence de prix, c’est l’Etat, et donc le contribuable, qui la paie », dénonce pour sa part le syndicat du personnel pénitentiaire Ufap-Unsa.
Les gardiens de prison n’apprécient pas en effet ces nouvelles cantines low-cost.
« Il faut gérer un trafic de marchandises bien plus important, cela nous prend du temps », explique Pascal Schreck, de l’Ufap-Unsa.
Mieux, une nouvelle tendance est apparue : « Avant, les familles apportaient de la nourriture aux détenus, ce qui est interdit mais toléré dans les faits. Maintenant, c’est le contraire! Certains prisonniers ont écrit à leur directeur d’établissement pour que leur famille profite aussi de ces prix bas et ils se mettent à poster des colis. »
Pour l’Ufap-Unsa, cette politique discount coûterait environ 20 M€ par an, à raison de 296,68 € par an et par détenu (ils sont 67000 en France).
« On est vraiment loin de cette somme, tempère la direction de l’administration pénitentiaire. Toutes les denrées ne subissent pas de baisse de prix et d’autres produits sont vendus avec une marge qui équilibre les comptes des cantines. »
Mais pour les surveillants, dont le salaire débute à 1 416 € net pour finir à 2 072 € en fin de carrière, cet argent aurait pu permettre d’augmenter les salaires…
« Cela me fait mal de voir ma femme payer beaucoup plus cher au supermarché les mêmes produits que ceux réservés aux détenus », reconnaissait même, anonymement, un gardien de prison. "

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire